Car la rébellion c’est avant tout aller au fond, ne pas se contenter du paraître : ainsi, afin de mieux comprendre ce qui se passe en Irak, en Afghanistan et en Tchétchénie, hauts lieux de dévastation et de dysfonctionnements sociétaux et mes « terrains » de prédilection, j’ai osé me permettre de fonctionner différemment en pariant sur la lenteur, en prenant le luxe du temps passé avec mes interlocuteurs hors de toute pression médiatique : lorsque la confiance mutuelle est établie, c'est gagné! Car se rebeller, c'est aussi avoir l'immense privilège de choisir ses sources, ses contacts, au fil, justement, du temps passé en ces terrains de désespoir. Quand une villageoise du fin fond des montagnes afghanes se met à me poser des questions (alors que ce devrait être l'inverse), je sais que ma « rébellion » a porté : lui avoir fait confiance, avoir montré mon respect pour elle-même et sa famille, m'être simplement dévêtue de mes stéréotypes et préjugés, ont engendré sincérité et authenticité, c'est-à-dire le contraire d'une information "formatée" qu'on oublie aussitôt après l'avoir "consommée". Telle est la rébellion : aller plus loin, fonctionner à son rythme, voire parfois à rebrousse poil, et non à l’aveugle avec le reste du groupe. Oser inverser le regard, c'est se mettre complètement à la place de l'autre tout en acceptant un éprouvant face à face avec la complexité. La rébellion permet l’observation, la distanciation, donc l’amélioration. Si j’étais restée salariée d’un groupe de presse, je ne crois pas que l’on m’aurait laissée « aller voir » la guerre à mon rythme, en respectant ces intangibles principes de lenteur, de discrétion et d'obsession du dialogue, dans le seul but de partager avec le plus grand nombre.