La puissance du rêve
Par valérie institut émergences, vendredi 22 juin 2007 à 12:37 :: Edgar Grospiron :: #4 :: rss
Par Edgar Grospiron, athlète
À l’instar de l’oeuf et de la poule, on peut se demander si c’est le rêve qui permet de donner du sens à sa vie ou bien le sens que l’on donne à sa vie qui peut nous transporter dans des utopies à réaliser un jour… Toujours est-il que pour vivre une vie puissante - j’entends par là, une vie qui nous offre l’occasion de connaître la vérité de l’instant présent, l’accomplissement de soi en respect avec son environnement, la saveur de la reconnaissance personnelle et professionnelle, l’amour inconditionnel partagé avec ceux qui nous sont chers - ma conviction intime est que nous ne pouvons renoncer à conjuguer la quête de sens, le rêve et la passion. Toutes trois enracinées au fil des projets qui jalonnent notre existence.
Enfant, j’avais une passion pour le ski. Cette passion a forgé un rêve complètement fou que j’ai mis 20 ans à réaliser. L’ambition d’être le meilleur skieur du monde était inscrite dans mon rêve de gosse. C’est à l’âge de 14 ans que mon père m’a proposé de faire un choix entre le ski et les études. Le ski me permettait d’exister positivement lorsque j’étais gamin. Les propos que mes parents tenaient lorsque j’avais des skis aux pieds étaient toujours élogieux. Rarement lorsque j’usais les bancs de l’école… Exister positivement dans le regard de mes parents était un cadeau inestimable qui donnait beaucoup de sens à ma vie à cette époque là.
Plus tard, la compétition me permettait de briller plus largement et cela a développé mon goût pour la haute performance. Plus je réussissais, plus mes actes rayonnaient avec un écho favorable. Moi qui prenait beaucoup de plaisir à vivre ma passion, le sens de ma contribution évoluait avec les années... Par mon parcours, je voulais inspirer les gens. Réussir en prenant du plaisir était ma quête. Le ski était mon métier et mon ambition fût de monter sur les plus hautes marches des podiums internationaux. Ma vie avait un sens dont chaque action découlaient naturellement. Dès lors, je ne pouvais qu’assumer chaque résultat.
Donner du sens à sa vie et à son métier c’est enclencher une mécanique qui rend à l’individu son pouvoir et la responsabilité de ses actes. Ceci peut nous amener à comprendre pourquoi un individu a parfois peur de se projeter et de rêver. Engager sa responsabilité n’est pas un acte neutre. C’est un acte de bravoure réel et noble que certaines personnes fuient. Être responsable de ses actes et de leurs conséquences, expose l’auteur là où celui qui ne s’engage jamais ne prend pas de risque. Si ce n’est qu’in fine toute sa vie est un échec. Je crois que quand on a peur, on s’aveugle et je constate en sport comme ailleurs, que ceux qui réussissent le mieux ont en commun cette idée : “Je suis le premier responsable des résultats que j’obtiens...”. Le premier ne veut pas dire le seul. Toutefois, cela permet d’avoir une prise solide sur le problème pour mieux le résoudre.
Si le réel devient difficile à supporter, ce n’est pas nécessairement une question de conjoncture qui se dégrade, de charge de travail qui s’amplifie ou de relations qui se lami-nent… Mais peut-être devons nous y lire le signe qu’on ne rêve plus assez et qu’il est temps de prendre un peu de recul sur ce qui est vraiment important. Un recul pouvant permettre de clarifier la vision que nous avons de notre contribution à ce monde et agir en conséquence, en conscience.