Il fut un temps où on concevait la nature, les espèces et l’homme dans un équilibre harmonieux. Mais voilà qu’une histoire de pomme chasse l’homme du paradis. Dès lors s’installe un paradoxe rarement souligné entre le paradigme d’une nature fixe livrée au labeur des hommes qui doivent croître et se multiplier. Deux millénaires plus tard, l’idée de transformation des espèces émerge à une époque où les hommes mettent en place leurs industries. Changement de paradigme avec l’idéologie de progrès transcrite dans un schéma linéaire et hiérarchique d’une évolution dédiée à la suprématie de l’homme – occidental – sur la nature dans un double dessein associant ses transformations anatomiques avec ses inventions technologiques. Ce n’est que très récemment qu’une autre conception de l’évolution de l’homme en rapport avec les changements d’environnement peine à s’instaurer. Car l’homme n’est pas l’espèce la plus évoluée, pas moins ou pas plus qu’une autre. Toute son évolution s’inscrit dans celles des communautés écologiques auxquelles il appartient depuis des millions d’années. Seulement par son évolution récente, l’homme pèse comme jamais auparavant sur l’histoire de la vie et, surtout, sur son devenir.

La paléoanthropologie nous enseigne comment s’est faite l’évolution de l’homme. Mieux comprendre la place de l’homme dans l’histoire de la vie comme dans la nature actuelle, c’est espérer avoir une meilleure appréhension de l’évolution qui est en train de se faire. C’est cela l’hominisation, une prise de conscience sur notre devenir non pas hors de notre condition naturelle, mais en préservant les chances d’une évolution réellement humaine. Un changement de paradigme considérable qui, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, se préoccupe des générations futures, des autres espèces, de la nature. Autrement dit, devenir enfin des Homo sapiens.